Pour inaugurer (c’est ça l’avantage d’avoir un nouveau Blog finalement, au début les inaugurations ça n’arrête pas, Champagne !) ma nouvelle rubrique "poussières d’articles", sur une brillante idée d’Amstramgram, je copite & colle cet article que j’avais écris ailleurs et qui est tellement d’actualité, aujourd’hui encore…

Partout autour de moi, dans cet univers professionnel qui est le mien (le fonctionnariat) j’entends parler des blogueuses (et blogueurs certes mais comme je suis une fille, je suis pour la féminisation des termes !) comme de méchantes personnes. Apparemment, tenir un blog, c’est le mal absolu. Et à chaque fois c’est comme un coup de poignard en plein coeur.

Une interrogation qui revient, lancinante « Puis-je continuer à bloguer sans crainte ? ».

Quand à détailler de manière simple et concise « quelle est cette crainte que je nourris… ». Vaste sujet. Digne d’un sujet de philo au bac. Je suis une blogueuse désormais anonyme. Je ne cherche pas à me cacher, mais je ne parle plus « blog » dans ma sphère professionnelle. Je n’en ai d’ailleurs jamais réellement parlé, j’ai juste « publié quelques-uns de mes articles », à une lointaine époque, sur mon profil FB et non mon profil FB de blogueuse. Une âme généreuse a jugé utile d’en informer – de manière anonyme – mon supérieur hiérarchique. Certes, il n’y a eu aucune suite. J’en ai parlé à plusieurs reprises. Il n’empêche, toute leçon est bonne à prendre.

Soucieuse de la question, j’ai fait quelques petites recherches. Non pas pour « préparer » ma défense en cas d’une éventuelle procédure disciplinaire (rien que cette notion me hérisse le pwal…. !) mais plutôt pour ma culture personnelle et la tienne, si tant est que toi aussi tu sois membre du fonctionnariat ET blogueuse….

Compte tenu de son devoir de réserve (*), il va de soi qu’un fonctionnaire doit nécessairement se questionner sur le fait (et les inévitables conséquences) «d’étaler ses états d’âme quant au fonctionnement de l’administration à laquelle il appartient » sur le net (comme de partout ailleurs).

Personnellement, je n’ai jamais eu l’intention (ni l’envie) de tenir un blog qui me serve d’exutoire professionnel.

En août 2007, Jean-Louis Masson, alors sénateur de la Moselle avait posé la question au secrétaire d’Etat en charge de la Fonction publique, sur l’application de l’obligation de réserve au blog d’un fonctionnaire. Pour André Santini, une chose était sûre, « dans le cas particulier du blog, qui peut être défini comme un journal personnel sur internet, la publicité des propos ne fait aucun doute ». Or, parmi les critères d’appréciation retenus par la jurisprudence « figurent la nature des fonctions exercées par l’agent et son rang dans la hiérarchie, ainsi que le contexte dans lequel l’agent s’est exprimé, notamment la publicité des propos », souligne M. Santini. Dans ses écrits, le fonctionnaire auteur « doit observer un comportement empreint de dignité, ce qui, a priori, n’est pas incompatible avec le respect de sa liberté d’expression », avait expliqué le secrétaire d’Etat.

Si par le plus grand des hasards, la hiérarchie dudit fonctionnaire venait à découvrir son blog, il lui appartiendrait alors d’apprécier si un manquement à l’obligation de réserve a été commis et le cas échéant, d’engager une procédure disciplinaire.

Je me suis donc en toute logique interrogée sur la notion « d’un comportement empreint de dignité ».

Première question, c’est quoi la « dignité » ? Selon le Larousse, la dignité, c’est…

J’ai ensuite google-isé ces termes. De l’avis général, un comportement empreint de dignité semble être de « ne pas faire preuve d’inconduite notoire ni être mêlé à un scandale ». Ces termes renvoient par ailleurs de manière récurrente à des pages traitant de la notion des droits et obligations des fonctionnaires, sans jamais le décliner davantage ou différemment. Au final, cette notion de « comportement empreint de dignité » semble laissée à la juste appréciation de la blogueuse & fonctionnaire.

Ainsi qu’à celle de sa hiérarchie dans l’éventualité où celle-ci aurait un jour connaissance de l’existence du blog…

Si tu es fonctionnaire, tu as sûrement entendu parler de l’histoire de « Zoé Shépard », une fonctionnaire qui a commencé par tenir un blog dans lequel elle racontait ses déboires au sein de son univers impitoyable de fonctionnaire, avant d’écrire un livre « absolument débordée ou le paradoxe du fonctionnaire » qualifié fréquemment de « véritable pamphlet contre la fonction publique territoriale » et qui au terme d’une procédure disciplinaire, a écopé d’une sanction de 10 mois d’exclusion, dont 6 avec sursis, de la FPT.

Alors la moralité à tout cela… La frontière relative à cette notion de « comportement empreint de dignité » est floue. Mais bien réelle.

A l’instar de Jean-Pierre Claris de Florian qui disait « pour vivre heureux, vivons cachés », je concluerai ce palpitant article par « pour bloguer heureux, bloguons cachés ».

______________________________

(*) – Question intéressante, le devoir de réserve, qu’est-ce donc ? Création jurisprudentielle, l’obligation de réserve contraint un fonctionnaire à observer une retenue dans l’expression de ses opinions, notamment politiques, sous peine de s’exposer à une sanction disciplinaire. Cette obligation doit être conciliée avec la liberté d’opinion et celle corrélative à la première de l’expression de ces opinions, reconnues aux fonctionnaires à l’article 6 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et qui énonce « La liberté d’opinion est garantie aux fonctionnaires. Aucune distinction ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur sexe ou de leur appartenance ethnique […] ».

About these ads