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Illustration : Charlotte.

5 heures du matin hier matin, ma première pensée est pour mon gynécologue (non, je ne suis pas amoureuse et je ne rêve pas de lui la nuit…). Parce que j’ai rendez-vous avec lui le soir-même, à 17 heures 45. Le gynécologue, c’est comme le dentiste : c’est le genre de contrôle technique que j’exècre par-dessus tout. C’est plus fort que moi. En plus, il pleut. Rien qu’à l’idée de me dépoiler ailleurs que chez moi à l’heure d’enfiler mon pyjama cocooning, je râle. J’ai pas envie.

17 heures 40, je suis dans la salle d’attente, le cheveu mouillé. Je n’ai pas de parapluie. Je suis garée à 3 kilomètres à pied. Shit, j’ai le cheveu qui frise (le poil aussi, au moins je ne serai pas brushée d’une extrémité uniquement, alléluia !). Vu le peuple dans la salle d’attente, je présume que je vais attendre (un petit souffle Sherlockien souffle en moi….).

J’ai amené le livre de Tristane Banon. Je commence à bouquiner.

19 heures, la porte s’ouvre (ENFIN)… Et cette fois-ci, vu que c’est moi que Monsieur Gygy regarde, j’en déduis avec brio que mon heure est arrivée…. Alléluia.

Il me dit dans le couloir « vous avez maigri ! ».

Je souris béatement. Il en faut peu pour me faire plaisir. Non et puis merde quoi, quand t’es grosse, ce genre de chose fait toujours plaisir, je m’excuse du peu…!

Je m’installe à son bureau pour la traditionnelle séance papotage, ce qui a changé depuis l’année passée dans ma vie (non je n’ai pas maigri mais ça tu vas vite le voir quand je vais être à poil et que la grosse dinde que je suis va devoir se hisser sur ta balance, mon chou !), ce qui n’a pas changé dans ma vie depuis l’année passée (mes kilos en trop ?), si je supporte bien mon contraceptif (oui, le critère principal restant de ne surtout pas avoir de crises d’acné, bordel j’ai passé l’âge de bourgeonner…), si j’ai un mec (oui, je me fais ramoner le conduit régulièrement, mais tu as quand même le devoir d’aller m’inspecter le fond du trou au spéculum, je sais, je sais….), si j’ai pour projet d’avoir un enfant (ouiiiiiaaaiiissssss je ne sais pas, quoi comment mais qui me parrrrle… Je pose quand même LA question : jusqu’à quand peut-on faire a little baby ? Il sourit, me répond 43/44 ans, c’est possible….), si j’ai toujours le même emploi (et noooooooooon…!) et si je vais bien (j’irai mieux une fois que je serai sortie d’ici). Blablabla.

Après, vient le grand moment où monsieur Gygy tend le bras direction la petite pièce du fond, genre « après vous Madame… » et je marche à reculons pour m’y rendre. Lui derrière moi. Histoire qu’il me récupère s’il me prenait l’envie de partir en courant, certainement.

Je me déshabille (en me disant que finalement, peut-être bien que je préfère le dentiste, au moins je ne dois pas me mettre à poil devant lui….).

Il me désigne la balance pour que je grimpe de suite, ce que je fais, lui derrière moi, encore (pour un peu je penserai qu’il me surveille…).

Je l’entends dire « ah nan, vous n’avez pas maigri, pourtant j’étais persuadé que… ». Je le regarde, il a le sourcil froncé. Je fais la moue. Boudeuse, la moue.

Et là, soudain, perchée sur sa balance, je pique un fard. Un énorme, un monstrueux fard. Je suis rouge. J’ai honte. J’ai envie de rire, aussi. Je me rappelle, l’année passée, alors qu’il m’avait dit de me peser, il était parti au même moment répondre au téléphone dans son bureau et quand il m’avait demandé mon poids au retour alors que j’étais gracieusement installée sur « le divan », pieds aux étriers (j’allais quand même pas l’attendre figée sur la balance…)…. J’avais menti (si si, j’avais fait ça) et je m’étais « ôtée » l’air de rien…. 8 kilos. J’avais arrondi le chiffre, quoi. Parce que je n’avais vraiment pas envie qu’il me fasse la morale. Ce qu’il avait fait quand même, en me disant que je ne devais surtout pas aller au-delà de ce poids-là (le faux, donc, celui du mensonge….) (Oh my God s’il avait su le vrai….), que c’était dommage pour une ex-obèse. Et dans ma tête, même que je m’étais dit « je t’emmerde ».

Alors forcément…. Depuis l’année passée (depuis avril, en fait…), en effet, j’ai une dizaine de kilos en moins. Mais je ne me rappelais plus vraiment de cette petite « omission ». Et du coup, entre mon mensonge de l’année passée et mon vrai poids actuel affiché d’hier… Non, je n’ai pas maigri (enfin si mais non !). C’est con ce qui m’arrive, je n’ai même pas pu être félicité par monsieur Gygy hier soir. C’est pas beau de mentir.

Il m’a quand même glissé au passage que vraiment, ce serait génial que je perde 10 kilos. Je me suis retournée, je lui ai tendu la main comme pour sceller un pacte en lui disant « ok, je reviens dans un an avec 10 kilos de moins ». Facile. J’adore les défis.

Bilan du contrôle technique : je vais bien mais il faut faire une petite prise de sang pour vérifier quand même (cholestérol tout ça, tout ça….) à l’intérieur de moi-même et j’ai encore fait don d’une petite partie de moi dans une éprouvette pour analyse. Qu’est-ce que je suis généreuse…

Et j’ai 10 kilos à perdre. Moi je voudrais bien 15, mais 10 ce serait déjà tellement bien.

La vie est belle, tralala !