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Le mot de l’éditeur – Je suis étudiante en langues vivantes et je suis obligée de me prostituer pour payer mes études. Je ne suis pas toute seule dans ce cas. Il paraît que 40 000 autres étudiantes font comme moi. Tout s’est enchaîné dans une logique bizarre, sans que je me sois vraiment rendu compte que je tombais. Je ne suis pas née avec une petite cuillère en argent dans la bouche. Je n’ai jamais connu le luxe et l’aisance, mais jusqu’à cette année, je n’ai jamais manqué de rien. Ma soif d’apprendre, mes convictions m’ont toujours fait penser que mes années étudiantes seraient les plus belles, les plus insouciantes. Je n’aurais jamais pensé que ma première année à l’université se transformerait en un véritable cauchemar.

Un témoignage brut et carrément glauque sur le sujet tabou de la prostitution étudiante (et pas seulement, puisque actuellement ce « phénomène » ne touche plus seulement la population étudiante et dérive à certains corps de métiers féminins tels que le secrétariat….), qui raconte la descente aux enfers par le biais notamment de l’addiction à « l’argent facile » d’une étudiante de 19 ans. J’ai vraiment eu des difficultés à lire certains passages de ce livre, notamment ceux liés à l’avilissement de cette étudiante pour de l’argent. Evidemment j’ai envie d’écrire que jamais, jamais je ne me prostituerai mais c’est peut-être facile de l’écrire quand la nécessité de l’argent pour vivre (payer son loyer, se nourrir…) n’a jamais été aussi prégnante.

Le postface d’Eva Clouet, auteur de la première enquête sur La prostitution étudiante à l’heure des nouvelles technologies de communication, donne quelques explications sociologiques sur ce phénomène.

Extrait du livre d’Eva Clouet, la prostitution étudiante à l’heure des nouvelles technologies.
Récemment, un syndicat étudiant estimait qu’aujourd’hui « 40 000 étudiant(e)s se prostituent en France ». La cause première en est la précarité croissante et la cherté de la vie étudiante. Cette étude, menée en 2006-2007, remplie de témoignages réels, est une description vivante de la nouveauté de cette forme de prostitution. Elle s’exerce discrètement, occasionnellement, indépendamment, à partir d’Internet, essentiellement par des jeunes femmes étudiantes qui se font appeler « escortes ». Si la prostitution étudiante est d’abord liée à une situation économique précaire et des parents aux revenus modestes, elle peut être parfois vécue comme le moyen de s’émanciper d’une sexualité cadrée, d’une vie trop lisse ou encore de prendre une « revanche » sur le mythe du Prince charmant. D’autre part, cette prostitution diffère de la prostitution dite « traditionnelle » : sélection des clients, atmosphère « complice », socialisation par les différences générationnelle et de classe sociale… Reste que pour ces étudiantes, le « choix » de se prostituer reste tributaire d’une série de cassures sociales et représentatives, fréquemment liées au pouvoir de l’argent, à l’attrait de certains signes matériels de richesse, et également à une double domination : masculine et socio-économique.